Quand l’IA invente des corbeaux : petites hallucinations d’un chatbot littéraire

Les outils d’écriture assistés par IA promettent rapidité et précision… mais qu’arrive-t-il quand ces compagnons numériques se mettent à inventer des détails ? Entre gain de temps et petites surprises, l’expérience peut virer à la comédie. Dans cet article, je partage une anecdote révélatrice : comment, en voulant simplement vérifier une liste d’animaux dans mon roman, je me suis retrouvée face à un corbeau fantôme et à une leçon sur les limites de l’IA. Spoiler : ce n’est pas l’IA qui hallucine, c’est nous qui devons garder les yeux ouverts.

Quand la vérification devient une aventure

Je voulais simplement vérifier un détail dans Animal Sentinelle. Rien de sorcier : retrouver la liste exacte des créatures qui peuplent mon roman. Pour gagner du temps, j’interroge le Chat de Sudowrite. Facile, non ?

récapitule tous les animaux manifestés par Eden le long du livre

Première réponse : un corbeau surgit de nulle part. Charmant intrus, que je n’avais jamais invité ! L’IA, très sûre d’elle, explique que ce corbeau « symbolise le lien entre les mondes et la magie ». Poétique… mais totalement inventé.

Voici un récapitulatif des animaux manifestés par Eden au cours de l’histoire :

Loup : Un symbole de protection et de loyauté, le loup apparaît comme une manifestation puissante de la magie d’Eden, particulièrement en moments de danger.

Aigle : Représentant la liberté et la vision, l’aigle se manifeste pour aider Eden à surmonter des épreuves, lui permettant de voir les choses sous un angle plus large.

Lion : Un symbole de force et de courage, le lion se manifeste pour défendre Eden et symboliser son héritage noble et puissant.

Serpent : Souvent associé à la sagesse et à la transformation, le serpent apparaît pour ajouter une touche de mystère et de stratégie à la magie d’Eden.

Renard : Un animal rusé et agile, le renard représente l’intelligence et la capacité d’adaptation, manifestant la capacité d’Eden à naviguer dans des situations complexes.

Corbeau : Bien qu’il ne soit pas présent dans ta description actuelle, dans certains passages, un corbeau pourrait symboliser le lien entre les mondes et la magie, si tu choisis de l’inclure.

Je corrige poliment : « Ne m’invente rien, sois précise. » Cette fois, deux animaux disparaissent mystérieusement (pourquoi n’a t-elle pas repris le renard précédemment cité ? mystère).

Je demande : « Et le renard ? »

— « Mes excuses pour l’omission ! Voici la liste complète », répond-elle.

Sauf que la liste « complète » oublie encore un autre animal ! Quand je signale l’« oiseau à l’hôpital », elle se confond en excuses et me remercie pour la correction.

À ce stade, j’hésite entre rire et perplexité.

Cette expérience illustre une vérité essentielle : les IA ne savent pas. Elles prédissent. Autrement dit, elles génèrent la réponse la plus plausible selon leurs modèles statistiques, pas forcément la plus exacte.

Ce phénomène porte un nom : hallucination. Un contenu inventé, mais formulé avec aplomb. Derrière, plusieurs biais se cachent :

  • Biais de plausibilité : le modèle préfère produire quelque chose qui « fait sens » plutôt qu’avouer son incertitude.
  • Biais de politesse : excuses, remerciements, reformulations… qui donnent l’illusion d’une conscience attentive.
  • Biais de complétude : il veut fournir une réponse entière, même quand il lui manque des éléments.

Ces biais rendent l’IA fascinante… et dangereuse pour la rigueur.

Dans un projet créatif, elle peut être une fabuleuse compagne d’imagination. Mais dès qu’on lui demande des faits précis, même ceux de notre propre roman,  il faut garder notre vigilance d’auteur éveillée.

Les IA ne remplacent ni la mémoire, ni l’intuition. Elles reflètent nos textes à travers le prisme d’un langage prédictif.

Et parfois, elles y ajoutent… un corbeau fantôme.

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