Quand j’ai commencé à écrire Animal Sentinelle, j’avais une vision assez simple du processus.
On écrit un roman.
On le relit.
On corrige quelques fautes.
Et hop, publication.
C’était une théorie séduisante. Malheureusement, la réalité m’attendait au tournant.
En 2025, après de longs mois à trimer, j’ai terminé le premier draft de mon roman. J’étais fière du résultat. L’histoire avait un début, un milieu et une fin. Les personnages étaient là. L’intrigue aussi. Pour moi, le plus dur était derrière.
J’ai alors confié le manuscrit à une bêta-lectrice professionnelle. Son retour a été d’une richesse incroyable. Constructif, précis, bienveillant… et suffisamment détaillé pour me faire comprendre que mon roman était loin d’être aussi terminé que je le croyais.
Le problème n’était pas que les remarques étaient sévères. Le problème, c’est qu’elles étaient justes.
Plus je lisais ses commentaires, plus je prenais conscience de tout ce qui pouvait être amélioré : certains personnages, certaines scènes, la structure, le rythme… Au lieu de voir un chemin clair vers la version suivante, je voyais une montagne de travaux dont j’ignorais par quel versant l’attaquer.
Pendant quelque temps, je suis restée bloquée.
Puis j’ai pris une décision qui a provoqué une réaction parfaitement raisonnable de mon mari. J’ai annoncé que j’allais tout réécrire.
Sa réponse a été immédiate :
« Quoi ?! Tu réécris tout alors que tu avais terminé le livre ?! »
Vu de l’extérieur, sa question était parfaitement logique. Vu de l’intérieur aussi, d’ailleurs. Pourtant, au lieu de me décourager, cette décision m’a libérée. Je n’essayais plus de bricoler un manuscrit qui ne me satisfaisait qu’à moitié. Je repartais avec l’expérience acquise grâce au premier draft. Et soudain, tout est devenu plus simple. Ou plutôt, disons moins compliqué.
C’est ainsi qu’est née la version 2 d’Animal Sentinelle.
Je pensais alors avoir fait le plus gros du travail. Là encore, la réalité a discrètement retenu un fou rire.
Après cette réécriture, j’ai suivi la formation Licares. Pendant plus de deux mois, j’ai disséqué mon roman sous toutes les coutures. J’ai créé des fichiers Excel, repensé le scénario, simplifié certaines intrigues, supprimé des chapitres entiers et remis en question des idées que je considérais jusque-là comme géniales.
Toutes ne l’étaient visiblement pas.
À l’issue de la formation, les trois premiers chapitres ont été analysés par un éditeur. Son retour a constitué une nouvelle révélation. Cette fois-ci, cependant, je ne me suis pas sentie dépassée. Je commençais enfin à comprendre comment retravailler un manuscrit en profondeur et pourquoi les auteurs parlent tant de réécriture. J’ai donc replongé une nouvelle fois dans le texte avant de poser le point final à la fin du mois d’août.
Aujourd’hui, une correction orthotypographique est déjà calée pour novembre. C’est fou, mais c’est le genre d’étape dont j’ignorais totalement l’existence quand je me suis lancée dans l’écriture. C’est d’ailleurs la grande leçon de ce premier roman : on passe son temps à découvrir de nouvelles étapes. On est persuadé d’avoir enfin franchi la ligne d’arrivée, et c’est là qu’on aperçoit un panneau indiquant qu’il reste encore de sacrés kilomètres à parcourir.
Ou quelques mois.
Ce qui m’amène à une conclusion légèrement frustrante : je vais devoir repousser la date de publication que je m’étais fixée pour fin 2026.
Grrrr.
Mon côté impatient n’apprécie pas particulièrement la nouvelle. Mais mon côté autrice sait qu’il vaut mieux prendre quelques mois supplémentaires que publier un livre avant qu’il soit réellement prêt. Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie progression.
Il y a deux ans, j’aurais probablement considéré cette réécriture comme un échec. Aujourd’hui, je la vois comme l’une des meilleures décisions que j’ai prises pour ce roman.
La bonne nouvelle, c’est que les prochains livres devraient aller plus vite. Pas parce qu’écrire deviendra facile. Ce serait trop beau. Mais parce que je sais désormais à quoi ressemble le chemin. Et quand on ne découvre plus chaque piège en tombant dedans, on avance généralement un peu plus vite.
P.S. Je réfléchis déjà à la suite. J’aime profondément la fantasy, mais elle a une fâcheuse tendance à vouloir transformer chaque histoire en vaste chantier. Peut-être que mes prochains romans seront un peu plus courts. Ou que je ferai un détour par la cosy fantasy avant de replonger dans des univers plus ambitieux.

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